17 JANVIER 1986 - APPARTEMENT DES SULLIVAN - BOSTON
Nous étions vendredi et tout en remontant les rues enneigées du quartier d'Allston en faisant la course avec son frère Kayle, David ignorait effrontément les cris de la fille des voisins, qui leur servait régulièrement de baby-sitter, leur disant de ne pas courir dans la neige pour ne pas tomber. Mais allez dire ça vous, à deux garnements qui après une semaine de classe étaient enfin en week-end. David était tout excité ce matin là parce qu'il avait à nouveau neigé toute la nuit, et le petit bonhomme adorait la neige plus que toute autre chose ... D'ailleurs, sa mère s'en amusait toujours, disant qu'il n'était pas un natif de Boston pour rien. Quoi qu'il en soit son frère et lui avaient eut leur pesant de boules de neiges lorsqu'ils étaient enfin arrivés chez eux, trempés mais heureux, pressés de retrouver à la fois leur mère et leur petite soeur Amy, une petite crevette née à la fin des vacances d'été. Pourtant ce soir là rien ne s'était passé comme prévu. Leur mère les avait accueillit avec les yeux rouges, de toute évidence elle avait pleuré, et pas qu'un peu. Ce soir là leur père n'était pas rentré, et lorsque ses fils l'avaient questionné leur mère n'avait tout simplement pas répondu, sautant sur l'excuse du biberon d'Amy pour éluder la question. Le soir suivant non plus il n'était pas rentré, et David avait entendu sa mère pleurer dans la salle de bain pendant le petit déjeuner. Alors finalement ce soir là alors qu'ils étaient à table et mangeaient en silence, troublés seulement par les gazouillis d'Amy, David questionna à nouveau ...
« Maman ... Il est où papa ? » Sursautant, la question de son fils résonnant comme un électrochoc, elle répondit d'un air troublé « Je ... je ne sais pas chéri » Marquant une pause, mais pas satisfait de cette réponse, il enchaina « Mais il revient quand ? » Cette fois-ci d'un ton las elle répondit encore « Je ne sais pas ... » Et quand enfin David ajouta d'un ai déçu et à la fois inquiet « Mais ... Il sera là pour mon anniversaire hein ? Il sera là ? » Elle avait ni plus ni moins fondu en larmes, une nouvelle fois ...
Et la réponse était non, il n'était pas revenu pour son anniversaire. Ni pour les suivants d'ailleurs, si bien que David avait finit par se faire une raison. Il n'avait apprit que bien des années plus tard que si son père était partit, c'était parce que sa femme n'avait pas supporté de découvrir que son tout jeune professeur d'université de mari entretenait une liaison avec l'une de ses étudiantes depuis plusieurs mois. Et lorsque sa femme avait découvert le pot aux roses et le lui avait jeté à la figure, il lui avait simplement dit qu'il la quittait, aussi simplement que ça ... Et en la quittant il quittait aussi leurs enfants, prétextant qu'elle avait toujours été la seule des deux à vraiment en vouloir. Dès lors le "père" de David n'avait plus rien été d'autre qu'un nom sur un chèque de pension alimentaire, et le jeune homme aurait souhaité qu'il en soit toujours ainsi ...
4 JUILLET 1990 - DEMEURE DES CARLSON - BOSTON
« Mamaaan, on est VRAIMENT obligés d’y aller ? » Trainant les pieds et faisant la moue, un David de onze ans seulement faisait preuve de toute la mauvaise volonté du monde à suivre sa mère, qui s’apprêtait à sonner chez Helen Carlson. « Bien sûr que oui ! Et arrête un peu de faire cette tête-là, tu adores Gram’s ! » Bien sûr, David adorait Gram’s - surnom affectueux donné à Helen - et la considérait comme sa grand-mère bien qu’elle ne soit qu’une amie de la famille. Le problème ne venait pas de là. « Mais je vais encore devoir rester avec Jane, j’en ai marre … Pourquoi Kayle a le droit de pas venir et pas moi ?? » Au moins si son frère avait été là, ils auraient pu être à deux pour embêter cette plaie qu’était Jane Carlson. « Parce que Kayle a été invité à passer l’Independance Day chez Brett … Et soi un peu gentil avec Jane, c’est une petite fille très gentille et beaucoup plus obéissante que toi ! » C’est ça oui, elle cachait surtout bien son jeu, avec ses couettes et son sourire de petite fille modèle devant les adultes. « C’est trop pas juste … »
Lorsque la porte s’était ouverte sur Gram’s, qui tout sourire avait embrassé la mère avec joie, déposé un baiser sur le front et David et s’était extasiée quelques instants devant Amy qui du haut de ses cinq ans grandissait à vue d’œil, David s’était pourtant tut et avant affiché le plus magnifique des sourires, qui se transforma en sourire crispé aussitôt que Jane apparut dans l’entrebâillement de la porte.
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« T’as triché, j’t’ai vu !! » Les sourcils froncés, la petite blonde fixait David d’un air désapprobateur. « N’importe quoi ! » David lui, avait son air faussement innocent sur le visage, l’air qu’il gardait pour les jours où il avait quelque chose à quémander à sa mère. « T’as triché, espèce de sale tricheur ! » Courant vers lui en plissant son nez, comme elle avait l’habitude de le faire lorsqu’elle était contrariée, elle fut accueillie par un David qui levait les yeux au ciel « De toute façon, 1,2,3 soleil c’est un jeu de filles ! » Lui présentant ses petits poings elle ne s’était pas faite prier pour surenchérir « Tu veux t’battre peut-être ? » Là on voyait la véritable nature de la petite fille, un peu garçon manqué et surtout habituée à foncer dans le tas lorsqu’elle était contrariée. Surtout en face de David. « Même pas cap’ ! » avait-il répondu avec un sourire narquois « Tu vas voir si j’suis pas cap’ ! » avait-elle glapit en se jetant sur lui …
Il n’avait pas fallut longtemps pour que mère et grand-mère ne viennent les séparer, et les cheveux en bataille ainsi que de la terre plein le visage ils avaient tous les deux été punis. Ce qui ne les avait pas empêché cependant de continuer à se chamailler comme des chiffonniers dès qu’ils se retrouvaient tous les deux … Chose qui arrivait d’autant plus souvent que Jane avait emménagé chez sa grand-mère cet été là, et vivait donc à Boston pour de bon désormais. Mais si enfants ils semblaient ne pas pouvoir s’entendre, passant leur temps à se faire mutuellement des crasses, en grandissant leurs joutes verbales devinrent plus une formalité, un espèce de code pour les deux adolescents inséparables qu’ils étaient devenus. Un duo que tout le monde pensait inséparable et qu’on croyait destinés, un jour à finir ensemble pour de bon …
16 SEPTEMBRE 1995 - BOSTON MEMORIAL HOSPITAL - BOSTON
Tout était allé trop vite au goût de David, bien trop vite … Au goût de tout le monde d’ailleurs. Il n’avait jamais été confronté à la mort, pas même de très loin, sommes toutes malgré un père absent sa vie il avait une adolescence plutôt heureuse et n’en demandait pas plus. Comme beaucoup d’adolescents qui n’avaient pas de raisons de s’en faire il finissait par penser que les malheurs étaient réservés aux autres. Ce qui était arrivé à Jane avait un peu changé la donne, parce que s’en prendre à Jane c’était comme s’en prendre à David tant ils étaient devenus proches, aussi en la voyant souffrir il avait souffert aussi. Pourtant ils avaient cru que les choses s’arrangeraient, qu’ils « feraient avec » et s’accommoderaient de la nouvelle situation … Jane était enceinte, et même s’il valait mieux ne pas évoquer le sujet épineux du père, elle était loin de s’être retrouvée seule. Malheureusement cet enfant qu’elle avait décidé de garder malgré tout, elle n’était pas destinée à en profiter longtemps, alors sa maigre consolation avait été de veiller à ce que même lorsqu’elle ne serait plus là sa fille, qu’elle avait décidé de prénommer Myra, serait toujours entre de bonnes mains. Entendez par là des mains en qui elle aurait une totale confiance.
« Tu sais, à l’époque quand je t’ai demandé d’être le parrain je pensais pas que … Enfin tu vois … » Que la notion de parrain engloberai plus que jouer les baby-sitter offrir un cadeaux aux anniversaires ? Non, en effet lui non plus ne le pensait pas. « Et j’veux pas que tu te sentes obligé de quoi que ce soit … J’veux dire, si je la sais avec toi je n’aurai pas à m’en faire, mais tu t’es déjà tellement impliquée jusqu’à présent, bien plus que je n’aurai osé te le demander, alors si tu préfères que … » Quoi ? Elle pensait qu’il allait se dégonfler ? Non, le problème ne venait pas de là … « C’est pas ça c’est juste que … Je sais pas si je saurais m’y prendre … elle ne serait pas mieux avec Gram’s ? Elle a l’habitude des enfants, elle saura s’en occuper … Alors que moi c’est à peine si je sais faire cuire un œuf à ma sœur … » Il adorait déjà Myra, et ferait n’importe quoi pour Jane surtout maintenant … Mais il était réaliste, il n’avait que seize ans après tout. « Bien sûr, j’veux dire elle restera avec Gram’s aussi longtemps que possible, aussi longtemps que … Mais, faut être réaliste, Gram’s n’est pas éternelle … » C’est vrai, avec la naissance de Myra elle était désormais arrière-grand-mère, et quand bien même David ne supportait pas l’idée de perdre autant d’un seul coup il ne pouvait l’ignorer. Mais même plus tard, même dans quelques années, il ne savait pas qu’il serait capable d’endosser une telle responsabilité, et rien ne lui faisait plus peur que de décevoir les dernière volontés de Jane. « Tu penses que j’en serais capable ? … Je sais même pas ce que je ferai quand … quand tu seras plus là et … »
Dire qu’il avait passé des journées entières à se chamailler avec Jane enfant, à trainer les pieds à chaque fois qu’il fallait lui rendre visible en espérant que l’après-midi se terminerait vite … Et maintenant il donnerait n’importe quoi pour avoir un peu plus de temps, la moindre seconde supplémentaire. Dix-sept ans, c’était l’âge de Jane, et David continuait de penser que c’était trop jeune pour mourir, et ce malgré Jane qui lui répétait qu’il n’y avait malheureusement pas d’âge pour mourir … Elle s’était très vite résignée, ce ma qui l’avait tué lui pendait au dessus de la tête depuis sa naissance et elle avait appris à vivre avec cette éventualité, mais David lui ne l’avait pas vu venir, et bien qu’il se doutait déjà à l’époque qu’il aurait du mal à tourner la page, il n’imaginait pas à quel point la mort de Jane allait le trainer bien plus bas qu’on ne peut l’imaginer …
12 FÉVRIER 1996 - CHILDREN LAW COURT - BOSTON
« Je vous demande pardon ? » Ravalant sa salive avec difficulté, David tenta cependant de garder une contenance et de répondre avec conviction au juge qui lui faisait face. « J’ai dit que je souhaitais revenir sur mes déclarations. » C’était quitte ou double, la dernière chance pour David de faire quelque chose de bien. Pour une fois, même si cela ne compenserait jamais rien. « Si vous êtes sûr de vous … Je vous rappellerai juste que vous êtes sous serment, et que par conséquent vous avez non seulement le devoir mais surtout l’obligation de dire la vérité, et uniquement la vérité. » C’est ça oui, comme si la moitié des gens sous serment la disait la vérité. Foutaises. « Je le sais ça. » Déglutissant lentement, et ignorant volontairement le regard désapprobateur au possible du commis d’office qui lui servait d’avocat, David marqua une courte pause avant de lâcher sa bombe. « J’ai menti. Miss Jacobs n’a rien à se reprocher, il ne s’est rien passé entre nous … » Et tandis qu’un murmure de stupéfaction parcourait la salle, il termina « J’ai tout inventé. Demandez à mon père il vous confirmera que j’adoore attirer l’attention sur moi. » Sa dernière phrase était remplie d’ironie, mais la vérité c’est qu’il avait conscience de ce qu’il était devenu et se dénigrer lui-même ne lui faisait plus peur.
David n’avait à ce moment là pas osé croiser à nouveau le regard de Miss Jacobs, sa professeur de littérature … Son ancienne professeur de littérature désormais. A cause de lui son couple avait déjà volé en éclat, il espérait au moins qu’avec l’aveu qu’il venait de faire elle ne perdrait pas également sa carrière. Pour cette raison il ne regrettait pas un seul instant d’avoir menti, pour lui les ennuis ne faisaient que commencer mais pour elle au moins ils étaient terminés … Qu’y perdait-il lui de toute manière ? Il n’avait déjà plus aucun crédit vis-à-vis de ses professeurs, il n’avait plus rien à sauver dans une scolarité de toute façon déjà chaotique. Lorsqu’ils s’étaient croisés, furtivement à la sortie du tribunal, David et Amanda Jacobs avaient échangé un bref regard et silencieusement derrière le dos de son propre avocat elle avait murmuré un « merci » avec ses lèvres.
Alors certes, il avait eut une aventure avec sa professeure, et même s’ils se doutaient que cela ne durerait pas éternellement David s’y était accroché comme à la seule chose qui l’empêchait de sombrer totalement. Il n’était pas amoureux bien sûr, jamais, mais les moments qu’il passait avec elle étaient les seuls où être clean n’était pas une souffrance permanente. Elle lui avait tenu l’esprit occupé, elle avait réussi à maintenir autant que possible le peu d’humanité qui lui restait encore, et maintenant que tout cela était terminé … Il n’y avait plus rien, rien du tout pour l’empêcher de sombrer définitivement. Et David, qui du haut de ses dix-sept ans était devenu une loque, une coquille vide que seuls l’alcool et les drogues dures remplissaient encore de façon aussi illusoire qu’éphémère. Il se sentait seul à mourir, entouré - ou pas - d’un père qui ne voulait pas de lui, d’un frère qu’il n’avait pas vu depuis qu’il avait quitté la maison l’année précédente, et d’une mère qui par peur sans doute fermait les yeux sur le mal-être de son fils. L’amour candide de sa sœur et les tentatives maladroites pour l’aider des deux seuls amis qui lui restaient depuis la mort de Jane ne suffisaient plus …
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« Ton père et moi avons pris une décision. » Bien qu’un peu à l’ouest de part le sédatif qui passait dans son organisme, David n’en avait pas perdu son sens du cynisme. « Depuis quand il a son mot à dire celui-là ? » Aux yeux de toute la famille le père avait arrêté de faire partie de la famille, justement. « Arrête David. » Sa mère avait envers lui une sorte de lassitude mélangée à de la fatigue. Il l’avait poussé à bout et il s’en voulait, aussi l’avait-il laissé continué. « Puisque tu n’as pas réussi à trouver un lycée pour te reprendre, et avec ce qui vient de se passer … Tu vas aller vivre avec ton père. » Le coup de massue, le truc auquel David ne s’attendait pas du tout. « Quoi ? Non ! Je mettrai pas les pieds chez lui ! » S’étant relevé d’un coup il avait fermé les yeux, sa tête lui tournait et il avait la nausée. « Tu crois que tu me laisses le choix ? Que ça me fait plaisir ? Vaut mieux que tu quittes Boston … temporairement du moins. » Quitter Boston ? Pour aller vivre dans le trou à rats où vivait son père ? Elle était tombée sur la tête ma parole. « T’as raison … Mieux vaut se débarrasser du problème, c’est plus simple. »
Trois semaines après sa sortie du tribunal David avait été retrouvé sans connaissance dans le salon de la maison, par sa jeune sœur Amy. Personne n’avait jamais pu obtenir de David de savoir s’il s’agissait d’un accident ou non, si il avait réellement essayé de se tuer en avalant ces cachets. Ce qui était certains c’est qu’il n’avait pas prévu que la conséquence en serait de partie s’exiler chez un père qu’il avait en horreur, pour rejoindre un frère à qui il ne parlait plus. Et le pire là-dedans, c’est que la première chose qui lui vint à l’esprit était … « où vais-je me trouver un dealer dans cette ville de paumés ? ».
27 MAI 1996 - SWALLOWS BRIDGE - LONGSIDE CREEK
David était déjà là depuis une bonne demi-heure lorsque Julia le rejoignit, sans même savoir qu’elle le croiserait ici. Cet endroit sous le Swallows Bridge, où l’on pouvait s’assoir à l’abris des regards et les pieds dans l’eau, était un endroit que la jeune femme lui avait déjà montré plusieurs semaines auparavant, et où d’après elle il faisait bon venir réfléchir lorsque l’on avait besoin de calme et de tranquillité. Et justement, c’était ce dont avait besoin David pour l’instant, de calme et de tranquillité … Loin de son moralisateur de frère, et loin de son despotique de père. Le voilà donc assis là, caché sous le pont à l’abris des regards, le bas de son jean retroussé jusqu’à ses genoux et les orteils trempant dans l’eau fraiche … Il ne s’attendait certainement pas à être dérangé. Mais qui d’autre aurait bien pu venir troubler sa solitude que la personne qui lui avait elle-même fait connaitre cet endroit. David ne connaissait Julia que depuis quelques semaines, et pourtant elle était l’une des rares, pour ne pas dire la seule, avec qui il ne se montrait pas froid et antipathique. Il ne saurait pas vraiment dire ce qui lui plaisait chez cette fille, mais il était en tout cas clair qu’elle lui plaisait … Bien trop pour qu’il ne se risque à tout gâcher, en fin de compte. Et puis il y avait la drogue, c’était bien la pire des maitresses celle-ci, et pourtant c’était la seule dont David ne réussissait pas à se passer, et tant que les choses ne changeraient pas il savait qu’alors toutes les Julia du monde ne pourraient rien contre un sachet de poudre.
« J’ai entendu des choses au lycée … J’y ai pas prêté plus de crédit que ça, mais comme tu n’es pas revenu depuis vendredi, je me faisais du souci. » Sans blague, elle serait bien la première à s’en soucier, même son frère n’avait pas fait cet effort. Son propre frère. « Peut-être que ces choses sont vraies … Sans doute. Quoi de mieux pour passer le temps entre de cours que de ragoter sur les absents … Parce que les absents ont toujours tort, non ? » Le cynisme encore, à vrai dire ces derniers jours il ne voyait plus rien d’autre que le cynisme. « Tu vas bien ? » A cet instant précis elle lui plaisait encore plus, à faire comme si ce que les autres disait n’importait pas, comme si tout ce qui l’intéressait était de savoir comment lui allait. « Ça pourrait être pire … je suppose. » Sans aucun doute, on pouvait toujours trouver pire. Mais enfin la situation actuelle n’était pas non plus des plus plaisantes pour lui.
Jusque là assise à côté de lui, ayant ôté ses tongs pour laisser ses pieds frôler la surface de l’eau, elle n’avait rien ajouté de plus et s’était contentée de poser sa tête contre l’épaule de David. Ils étaient restés là de longues minutes tous les deux, sans rien dire. David lui était reconnaissant de ne pas essayer d’en savoir plus, de ne pas être curieuse … Il n’avait pas l’impression d’être jugé, ce qui n’était pas le cas chez lui ces derniers jours. Il était presque soulagé que sa mère et sa sœur ne soient pas présentes, pour la première fois depuis longtemps il était rassuré de les savoir loin, parce qu’il savait qu’il ne pourrait pas les regarder dans les yeux pour le moment, surtout Amy. Finalement c’était lui qui, après de longues minutes sans rien dire, avait finit par briser le silence, d’une voix hésitante. A elle il avait l’impression qu’il pouvait parler, c’était bien la seule dans cette foutue ville, qu’il avait en horreur après y avoir vécu moins de trois mois seulement. Il n’était pas stupide, il se doutait de ce qu’on racontait au lycée, en quelques semaines à peine il avait réussit à se faire passer pour le dernier des loosers, à croire que changer de lycée ne vous faisait pas changer de réputation. Sans doute qu’on se disait déjà qu’il repartirait aussi vite qu’il était arrivé, que s’il n’avait pas encore été viré cela ne saurait tarder. Et ce n’était qu’à moitié vrai, en fait.
« Le proviseur m’a proposé un accord … Enfin, il ne m’a pas vraiment laissé le choix mais … Je pense que je vais accepter. » A vrai dire, sa motivation seule n’aurait sans doute pas suffit à lui faire prendre cette décision. Non, c’était surtout de donner tort à son paternel qui avait fait pencher la balance, David n’avait pas apprécié son « de toute façon tu t’es déjà fait virer une fois, ça sera que la confirmation que t’es un bon à rien » et comptait lui prouver le contraire. « Après tout, trois mois là-bas, c’est pas trop cher payé pour pas me faire virer … » Là-bas, c’était le Sumter Health & Rehab Center de Sumter, en Caroline du Sud. Se désintoxiquer, c’était la condition imposée par le proviseur pour avoir le droit de revenir au lycée à la rentrée prochaine. « Alors tu reviendras au lycée, à la rentrée ? » Elle s’était redressée et le regardait à nouveau. David ne savait pas vraiment ce que le ton qu’elle avait employé signifiait, néanmoins il répondit. « Sans doute … Je ne sais pas. » A vrai dire, Longside Creek lui donnait la nausée, il détestait cette ville, lui ce qu’il voulait c’était rentrer à Boston, c’était là-bas chez lui, pas dans ce trou à rats. « J’espère … »
Ils s’étaient regardés un long moment. La vérité c’est qu’il avait eut envie de l’embrasser, elle aussi sans doute … Mais ce n’était pas arrivé. David ne voulait pas, et se trouvait à l’époque tout plein de raisons de ne pas céder … Il n’avait jamais ressentit ce genre de chose pour quelqu’un et cela l’avait dans un premier temps effrayé, et puis il soupçonnait Julia et son frère Kayle de ne pas être de simples amis. Et puis, si jamais il ne réussissait pas à se désintoxiquer ? Si jamais à elle aussi il lui prouvait qu’il était un bon à rien, pour de bon ?
14 AVRIL 1998 - MAISON DES SULLIVAN, LOMBARD LANE - LONGSIDE CREEK
David c’était levé tôt ce matin là, très tôt, tellement qu’il faisait encore à peine jour dehors. La raison à cela ? Il espérait réussir à croiser son père ce matin là, ce dernier étant devenu un fantôme qui partait tôt et rentrait tard - quand il rentrait - donnant à ses deux fils l’impression qu’ils vivaient seuls et non pas avec leur paternel. Ce n’était pas une mauvaise chose pour David cela dit, moins il le voyait mieux il se portait en fin de compte, mais aujourd’hui il avait besoin de lui parler sérieusement … Même si le façon dont avait commencé la conversation n’annonçait rien de bon, ce qui se confirma au fil de leur échange.
« Quand je parlais de garder Myra, j’étais aussi sérieux qu’en disant que dès la fin de l’année je rentrais à Boston … » Son père, le journal de la veille à la main, et une tasse de café dans l’autre, le regardait d’un air excédé. « Arrête un peu tes conneries David. » Levant les yeux au ciel le jeune homme répondit avec cynisme « Merci … ça fait plaisir de te savoir de mon côté, une fois encore. » De toute évidence la réponse ne plaisait pas au père, qui enchaina d’un ton pincé, cachant mal son agacement profond. « Mais enfin tu t’attendais à quoi ? T’es incapable de t’occuper correctement de toi-même alors comment espères-tu t’occuper d’un gamin ? J’essaye seulement d’être franc avec toi, et si dans le cas présent ça signifie de te dire que c’est une belle connerie … Parce que, excuse moi de te le dire, mais il n’y a aucun doute sur le fait que tu ferais un très mauvais père. »
C’était rude, et dit avec une telle froideur que c’en était d’autant plus douloureux. Tout ça David ce l’était déjà repassé en boucle dans sa tête des dizaines de fois, se demandant un peu plus à chaque fois si Jane avait bien fait de lui demander cela à lui, si sa fille n’aurait pas tout intérêt à être avec quelqu’un d’autre. Pourtant à chaque fois désormais qu’il imaginait Myra avec d’autres il ne réussissait plus à le supporter, il avait l’impression qu’on lui volait « sa » fille … S’il avait changé c’était surtout pour elle, s’il était devenu clean c’était pour espérer la récupérer, pour pouvoir tenir la promesse qu’il avait fait à Jane et à elle de veiller sur elle aussi fort que si elle était sa chair et son sang. Et tous ses efforts, non père ne les voyait donc pas ? David avait énormément changé en une année, grâce à son frère et à Julia, et il avait enfin l’impression de ne plus être un « bon à rien » comme le disait son père, de réussir petit à petit à se prouver à lui-même qu’il valait quelque chose. Et pourtant cela ne semblait pas être suffisant aux yeux de son père, qui continuait à le considérer comme la brebis galeuse de la famille, le fils raté dont on a honte. Mais il avait finit de plier devant son père, il ne laisserait plus un type qui n’avait jamais été là pour lui le juger et le descendre en flèche de cette manière.
« Vois le bon côté des choses … J’ai déjà eut un exemple parfait de ce qu’il ne faut surtout pas faire pour ne pas être trop mauvais. Tes propres enfants te méprisent tous autant qu’ils sont, tu parles d’une réussite ! » Et VLAN ! Une gifle que David n’avait même pas vu venir, et qui le laissa sonné quelques instants. Mais contre toute attente c’est avec un rire - nerveux mais tout de même - que le jeune homme accueillit cette réponse « pacifique » de son père. « Tu sais ce qui est le pire … Cette gifle, c’est la plus grande marque d’attention que j’ai jamais reçu de ta part … » Se frottant un instant la joue, il leva les yeux pour affronter le regard hostile de son père avant de terminer « Je sais même plus pourquoi j’ai pris la peine de te parler de ça en fait … J’me fiche bien de ton avis. On a peut-être le même sang, mais jamais, JAMAIS tu ne seras mon père … »
Encore aujourd’hui cette conversation reste la plus longue que David et son père n’aient jamais eut depuis. A la fin de l’année scolaire David avait quitté Longside Creek pour retourner s’installer avec Myra … et Julia. Avec le temps il avait compris qu’il n’avait pas besoin de son père pour avancer, il avait Julia, il avait sa mère, son frère et sa sœur, et Myra … Et pour lui c’était bien suffisant. Son père n’avait jamais été là quand il en avait besoin, et dans le futur il en fut toujours de même, dans les moments les plus heureux comme les plus douloureux.
18 AOÛT 2007 - MALL OF CAROLINA - LONGSIDE CREEK
Passer trois semaines de vacances à Longside Creek c’était un peu devenu le rituel estival de David et Julia, bien content de pouvoir pendant ces quelques jours par an se débarrasser de tout le stress d’un boulot dans une grande ville pour simplement buller, aller à la plage et passer tout le temps qu’ils souhaitaient ensemble. Ce jour là ils s’étaient baladé sur le port avant de rejoindre le centre commercial où ils s’étaient baladés une bonne partie de l’après-midi … La différence notoire étant que cette fois-ci c’était David qui avait trainé Julia au contre commercial et non le contraire, et ce « sans raison particulière » selon ses propres dires lorsque la jeune femme l’avait questionné à ce sujet. Et effectivement ils n’avaient rien fait de particulier, si ce n’était flâner dans les différents étages du centre commercial, s’arrêtant parfois devant quelques vitrines, avant de redescendre au magasin d’alimentation du rez-de-chaussée. Ils devaient prendre une bouteille de vin, pour boire avec les parents de Julia ce soir, mais David y ajouta une bouteille de champagne provoquant une nouvelle question de Julia « On a quelque chose à fêter ? » et d’un air mystérieux il répondit seulement « Possible … » en souriant, avant de la prendre par la main pour qu’elle le suive.
Se laissant guider par David, qui elle en était certaine maintenant avait une idée derrière la tête, elle le suivit donc à travers les rayons du magasin, très peu fréquenté en cette fin d’après-midi de semaine. Lorsqu’il s’arrêta au rayon terrasses et jardinage, entre une table en plastique blanc et une tente d’exposition, elle le regarda avec des yeux en points d’interrogation … Parce que quoi, ils n’étaient quand même pas venus acheter une tente et des chaises de jardin non ? Alors qu’elle tenait toujours sa bouteille de vin à la main, David lui avait momentanément posé celle de champagne sur la table en plastique en tentant de camoufler une soudaine anxiété.
« David qu’est-ce qui te prend ? T’es bizarre aujourd’hui … » Ouais, bizarre c’est sûr, mais enfin il faisait comme il pouvait aussi, fallait le comprendre. « Ne me dis pas que cet endroit ne te rappelles rien … Parce que d’une, ça me briserait le cœur, et deux ça casserait tout mon effet. » Il avait lâché un léger rire, plus stressé que vraiment sincère, dansant d’un pied sur l’autre comme s’il avait une envie pressante. « Bien sûr que cet endroit me rappelle des choses … Mais si tu te sens pour un deuxième round je t’avoue que je préfèrerai attendre la fermeture. » Regard suggestif de la jeune femme, regard amusé également, bien qu’elle ne semblant toujours pas comprendre où son homme voulait en venir. « Je dis pas non … Seulement ça ne sera pas pareil que la dernière fois … » Regards en points d’interrogations de la jeune femme, laissant cependant David continuer « La dernière fois on était jeunes et, soyons honnêtes, encore un peu stupides … Assez pour se demander si nous deux, c’était une bonne idée ou non. » Arrachant un léger rire à Julia il lui avait saisi la main avant de continuer « La première fois on était encore sûrs de rien … La prochaine fois on le sera. Parce que la prochaine fois je veux que tu sois ma femme … » Disant cela il avait posé un genou au sol et sortit de la poche de sa veste un écrin de velours noir contenant une bague qu’il gardait depuis longtemps déjà, attendant le bon moment … attendant d’être prêt, sans doute.
Dix ans plus tôt, peu après sa sortie de désintoxication, David et Julia s’étaient par un hasard de circonstances retrouvés coincés tous les deux dans ce centre commercial après la fermeture. Et malgré leurs doutes vis-à-vis de l’autre, et vis-à-vis d’eux-mêmes, cette nuit là ils s’étaient donnés l’un à l’autre pour la première fois, de façon aussi inattendue que naturelle … Et même si leur couple n’était né qu’un peu plus tard, c’est-ce soir là que David avait compris que Julia n’était pas comme les autres. Qu’elle était bien plus que ça …
3 DECEMBRE 2008 - BOSTON MEMORIAL HOSPITAL - BOSTON
David était sortit griller une cigarette - voir deux - à l’arrière de l’hôpital de Boston. Il avait la nausée, autant parce qu’il ne supportait plus cet endroit qu’il avait trop fréquenté que parce qu’il était encore hagard, incapable de réaliser pour de bon ce qu’il savait désormais inévitable. Il avait le teint papier mâché, et sa barbe de plusieurs jours ainsi que ses cernes immenses témoignaient à eux seul des heures de sommeil qu’il avait laissé passer. Il ne pouvait pas dormir … Et de toute façon il ne voulait pas dormir. Lorsque Julia fermait les yeux, et qu’il posait sa tête sur le bord du matelas, il n’arrivait pas à fermer les yeux, il ne pouvait s’empêcher de la regarder, encore et encore, essayant de mémoriser la moindre seconde qu’il pouvait passer à la regarder pour l’enfermer dans son esprit et ne plus jamais s’en séparer. Dormir c’était perdre du temps à la regarder. Tirant une nouvelle taffe de sa cigarette aussi vite qu’il en recrachait la fumée de façon compulsive, il n’avait pas entendu son frère arriver derrière lui et avait sursauté lorsque ce dernier avait posé une main sur son épaule. Kayle lui aussi n’était pas au meilleur de sa forme. Il avait le regard vitreux, et les yeux rouges ; Il avait pleuré, peut-être même plusieurs fois. David lui n’avait plus de larmes à verser, peut-être qu’il avait épuisé son stock, peut-être qu’il n’en avait juste même plus la force, peu importe. Sans rien dire Kayle avait lui aussi sortit un briquet et un paquet de cigarettes, et s’en était allumé une ; L’un et l’autre avaient arrêté de fumé, l’un et l’autre venaient finalement de reprendre. Et puis sans rien dire ils étaient restés là, de longues minutes côte à côte, sans rien dire, parce qu’ils ne savaient pas quoi dire et parce que Kayle n’était pas là pour forcer David à parler, simplement pour lui rappeler qu’il n’était pas tout seul.
« Qu’est-ce que je vais dire à Myra … ? » Sa voix était enrouée, et hésitante. Il ne quittait pas des yeux la mer en contrebas, et il était difficile de savoir s’il s’adressait à son frère ou s’il pensait simplement tout haut. Kayle en tout cas n’avait pas répondu, il n’avait pas de réponse. « Elle a déjà perdu sa mère une fois … et maintenant quoi, je vais lui dire que ça va recommencer, et que ça sera sans doute pire que la première fois ? » Sa voix déjà se faisait moins hésitante, on sentait l’injustice qu’il ressentait à travers le ton qu’il employait. L’injustice et la douleur, la douleur de celui qui n’avait pas encore digéré le premier deuil et ne se sentait pas la force de faire face à un second. « J’y arriverai pas … Pas cette fois-ci, pas encore … »
La perte de Jane avait beau remonter à treize ans déjà, la douleur était toujours vivace pour David. Et encore jeune à l’époque il n’avait pas su y faire face, au point de se laisser glisser dans les plaisirs artificiels de la drogue, parce que là où les mots de réconfort n’avaient aucuns effets la drogue elle donnait l’illusion même fugace que plus rien ne comptait, et surtout que plus rien ne faisait mal. Il s’était rendu accro à cette sensation de vide et de plénitude factice et n’avait pas réalisé que le mal qu’il se faisait à lui-même était du mal fait à ceux pour qui il comptait. Et aujourd’hui, alors qu’il était enfin clean, et qu’il faisait tout pour que cet épisode n’appartienne plus qu’au passé, il était à nouveau confronté à la même chose … Sauf que cette fois-ci cela concernait la femme de sa vie, cette fois-ci il n’aurait personne pour l’aider à s’en sortir puisque celle qui l’avait toujours aidé était désormais condamnée. Comme si le bonheur n’était jamais fait pour durer, comme si le bonheur était quelque chose qu’on empruntait et qu’on devait forcément finir par rendre un jour, se retrouvant alors misérable et incapable de savoir comment continuer à vivre sans … Et vivre sans Julia, il ne pouvait pas, il ne voulait pas y penser.
« C’était trop beau pour être vrai … » avait-il lâché avec cynisme. « Tellement que pendant longtemps j’y ai pas cru. Je me disais qu’un jour forcément ça finirait mal, qu’on ne pouvait pas mériter autant en ayant fait si peu … Que je ne pouvais pas, moi, mériter quelqu’un comme Julia. » Aujourd’hui encore, il se demande si il l’avait vraiment mérité à vrai dire « Et puis doucement j’ai finit par apprivoiser la chose, à me dire qu’après tout pourquoi pas moi … J’ai voulu qu’elle soit ma femme parce que c’était clair, j’allais finir ma vie avec elle … et maintenant je … »
La fin de sa phrase était restée coincée au fond de sa gorge, incapable de sortir, comme si cette simple phrase qui signifiait qu’il n’y avait plus d’espoir ne pouvait pas passer la barrière de ses lèvres. Il ne voulait pas prononcer cette vérité immonde à voix haute, rien que l’idée lui donnait déjà la nausée … Mais pour le moment elle s’était juste transformé en larmes. Finalement, il n’était peut-être pas si à sec que ça … Et puis, il se forçait tellement à faire bonne figure, à tenter de garder une contenance devant Julia, qu’une fois dehors il ne réussissait plus à jouer la comédie. Sans rien dire Kayle avait passé un bras autour de ses épaules, et tous les deux étaient restés là un long moment. Son frère n’avait pas besoin de parler pour faire passer son message, cette fois-ci il serait là pour lui, pas comme la dernière fois … Cette fois-ci David n’était pas seul, et personne ne le laisserait sombrer à nouveau.
21 DECEMBRE 2009 - MAISON DES WHITWORTH, SEYMOUR STREET - LONGSIDE CREEK
Noël approchait à grands pas, mais les températures étaient encore douces pour la saison à Longside Creek. Cela faisait quelques mois maintenant que David, Julia et Myra avaient quitté Boston pour revenir vivre à Longside Creek … Cette ville qu’il avait tellement eut en horreur adolescent et qui lui paraissait le seul endroit sécurisant aujourd’hui. Depuis l’agression de Julia David était devenu un peu paranoïaque, et cette Boston qu’il avait toujours porté dans son cœur lui était tout d’un coup apparue hostile, coupable d’avoir envoyé sa femme vers une mort aussi certaine qu’injuste à ses yeux. Tout ça pour quelques dollars dans un sac à main, comme si une poignée de dollars valait de battre quelqu’un jusqu’à le laisser pour mort sur un coin de trottoir. Et le fait que les deux coupables dorment désormais en prison n’était pas une consolation, ni une compensation suffisante au fait qu’il avait regardé la femme de sa vie s’éteindre à petit feu, et que si lui perdait une femme Myra elle perdait une mère ; Encore. David avait travaillé toute la matinée. Bien qu’il aurait souhaité passer tout son temps avec Julia il ne pouvait pas, et cette dernière ne l’aurait de toute manière pas laissé faire ne pouvait pas « tout faire tourner autour d’elle et se retrouver sans rien le jour où … » Bref, David avait donc conservé son boulot de secouriste, et intégré la caserne de Longside Creek. En attendant de trouver un appartement ils vivaient avec Myra chez la mère de Julia ; David n’aimait pas s’imposer, mais il devait bien avouer que la solution avait des avantages, ainsi Julia était moins souvent seule à la maison, et puis ils étaient plus près de l’hôpital …
La fin d’après-midi était déjà bien entamée, revenant avec deux tasses de thé fumant David avait retrouvé sa place sur la balancelle de la véranda, Julia à moitié allongée et collée à lui, la tête posée contre son torse et le laissant jouer de façon machinale avec ses cheveux.
« Tu penses qu’on se reverra ? » Sa voix faiblarde, si loin du caractère de la jeune femme, faisait toujours un pincement au cœur de David, mais come d’habitude il tentait de faire bonne figure. « Comment ça ? » Il avait froncé légèrement les sourcils. « Après … tout ça ? Tu sais … » Non, non, il ne voulait pas s’engager sur ce terrain là, il ne voulait pas entendre toutes ces choses qu’il se forçait à nier. « Non … Arrête Julia, s’il te plait … » S’appuyant sur un coude, elle se releva un peu avant de répondre « Arrêter quoi ? De m’inquiéter ? D’avoir peur ? » Il la sentait à nouveau, cette boule au fond de sa gorge à chaque fois que Julia tentait d’aborder le sujet. « De parler comme si c’était fini ! » Il s’énervait, il ne voulait pas mais il avait les nerfs à fleur de peau, un rien suffisait. Et là ce n’était pas rien. « Mais c’est fini … C’est pas juste mais c’est comme ça … » Comment pouvait-elle être aussi résignée, alors que lui était tellement révolté ? « Ah et alors quoi ? On attend sagement les bras croisés que ça se passe ? T’es pas en colère ? Comment tu peux être aussi résignée ? … Parce que moi je peux pas … je peux pas regarder la femme que j’aime mourir sans rien dire … »
Julia avait toujours cru au destin, au karma … Mais pas David, et encore moins désormais. Pour lui ce n’était juste pas envisageable, le karma s’il avait existé n’aurait pas laissé tombé Julia ainsi, pas SA Julia … Pas celle qui avait cru en lui plus que lui-même et l’avait aidé à être ce qu’il était aujourd’hui, pas celle qui l’avait aimé pendant plus de dix ans sans conditions ni limites. Pas celle qui avait servi de mère à sa fille, à « leur » fille … Ce jour là, Julia lui avait dit qu’elle n’était pas la femme de sa vie, et ça jamais David ne réussirait à s’en remettre. Elle lui avait dit que si tel était le cas alors elle ne serait pas en train de mourir, qu’ils auraient été destinés à être ensemble. Pour elle elle n’était juste qu’UNE femme dans la vie de David, mais lui savait qu’elle avait tort, il savait que jamais plus il n’aimerait comme il l’aimait elle, et il ne voulait même pas que cela soit le cas … Il savait qu’au crépuscule de sa vie, peu importe l’âge qu’il aurait alors, ce serait toujours elle et personne d’autre.
« Tu sais ce que je voudrais ? » Il avait fait non de la tête, mais n’avait pas répondu à voix haute. « Voir la nouvelle année … J’veux réussir à aller jusque là … Je veux … » Elle s’était endormie avant de terminer sa phrase, sans doute aidée par les cachets qu’elle avait pris avec ton thé. Mais pas pour de bon, pas cette fois-ci … Alors en lui caressant toujours les cheveux il avait murmuré « Tu la verras … J’te le promet … »
Et elle l’avait finalement vue, cette année 2010, même si elle n’en avait pas profité. Julia était partie pour de bon, le deux janvier, le préservant une dernière fois contre sa volonté du tragique dans lequel leur histoire s’était terminée. L’envoyant chercher une tisane elle savait que lorsqu’il remonterait elle ne serait plus là … Du moins pas en chair et en os, bien qu’elle se promettait intérieurement de ne jamais vraiment quitter David et Myra, peu importe de ne pas savoir où elle allait.
2 MARS 2010 - LOFT DES SULLIVAN, LONGSIDE HARBOR - LONGSIDE CREEK
Resté dans la pénombre du salon, David avait déposé sur la table basse l’assiette de poulet - petits pois qu’il s’était préparé avant de s’installer dans le canapé, fier de pouvoir dire qu’il avait cuisiné lui-même quelque chose d’apparemment réussi, sans que ce soit du surgelé. Et sans que sa fille ne soit là pour l’aider, voir tout faire à sa place en désespoir de cause. Pas de quoi lui rendre le sourire cela dit mais n’importe quel détail même le plus ridiculement insignifiant était bon à prendre en ce moment. Il s’apprêtait à commencer à manger lorsque son téléphone portable sonna et l’interrompit.
« Ma petite sœur ! Je viens de tester ta cuisine justement. » Enthousiasme forcé. Pas contre Amy mais parce qu’il n’avait plus d’enthousiasme naturel pour rien. « J’arrive juste à temps pour avoir ton avis alors, allez dis-moi tout … » Le téléphone callé entre son oreille et son épaule il entreprit de découper le morceau de viande qui trônait dans son assiette … « C’est … Oh non c’est … C’est cru, et pas du tout cuit ! » Laissant le couteau planté dans la viande il se laisse retomber sur le canapé d’un air désespéré. « Pourtant j’ai tout fait comme tu m’as dit, j’ai laissé cuire une heure dans la poêle, une heure j’ai compté pourtant … » Difficile d’imaginer qu’un simple repas raté puisse l’énerver à ce point, et pourtant. « A la poêle ? Quelle poêle ? Je t’avais dit : pendant une bonne heure, au four et thermostat huit. J’ai jamais parlé de poêle … » Un four, une poêle … Qu’est-ce que ça changeait ? Il aurait du faire du surgelé, voilà. « J’suis vraiment trop nul … » Il avait murmuré cela avec des sanglots dans la voix, visiblement il suffisait d’un rien pour que son enthousiasme forcé se change en tristesse, non forcée elle. « C’est juste un morceau de viande David … C’est pas grave. » Non ce n’était pas grave, le problème n’était pas là. « Je sais c’est juste que … J’y arriverai pas … » Il avait marqué une pause, la gorgée nouée, ne sachant pas quoi dire de plus … Il avait l’impression que son désarroi ne cesserait plus. « J’vais pas m’en sortir sans elle … Elle est là, en permanence … Hier j’ai mis le couvert pour trois personnes, j’ai pas réussi à regarder Myra dans les yeux de tout le repas après je … »
Il n’avait même pas réussi à terminer sa phrase, et après cela il était resté silencieux de longues secondes … Ou minutes, il ne savait pas trop, ni lui ni sa sœur n’osant briser le silence. Mais bien plus que le silence c’était la solitude qui pesait sur David, une solitude qui le poussait jusqu’à craindre les moments où il ne travaillait pas et que sa fille n’était pas à la maison, comme si tout seul dans son loft cette solitude risquait de l’achever, de le serrer à la gorge jusqu’à l’étouffer pour de bon. David pensait avoir vécu la chose la plus dure qui soit en laissant Julia s’en aller, mais il avait eut tort et désormais jour après jour il réaliser que c’était tenter de continuer à vivre sans elle qui était le plus dur. David avait tellement changé au contact de Julia, elle lui avait apporté bien plus qu’il n’aurait osé l’imaginer et il n’y avait pas eut un seul jour où, en se réveillant à côté d’elle il réalisait à quel point c’était pour elle et grâce à elle qu’il était devenu l’homme qu’il était aujourd’hui, bien loin de la petite frappe sans avenir ni amour propre qu’il était avant de la rencontrer, il y avait de cela treize ans maintenant. Qui sait où il en serait aujourd’hui sans elle … Certainement pas là où il était en tout cas. Peut-être même n’aurait-il pas Myra, peut-être même serait-il mort. Il n’en savait rien et il ne voulait pas y penser … Et pourtant, il fut une époque où il se posait déjà ces questions, mais où elles se superposaient à d’autres telles que « qu’est-ce que je ferai sans elle, comment je pourrais-je continuer à vivre si elle n’était plus là ? ». Et à l’époque il ne se doutait pas encore que ces questions deviendraient une réalité. Cela faisait maintenant presque deux mois que Julia était partie, peut avant la nouvelle année. Depuis on avait eut cesse de l’entourer et de lui rappeler qu’il n’était pas seul, plus maintenant, plus comme lorsqu’il avait perdu la mère de Myra. Et puis petit à petit on lui avait fait comprendre qu’il ne pouvait pas s’arrêter de vivre, qu’il devait aller de l’avant, et que s’il n’arrivait pas à le faire pour lui-même il devait le faire au moins pour sa fille. Mais le quotidien sans Julia ne lui paraissait pas seulement fade, et sans intérêt, il lui paraissait aussi douloureux, avide de lui rappeler à n’importe quelle occasion que plus rien ne serait comme avant, et que sans Julia il n’était à nouveau plus rien, ou du moins pas beaucoup plus que ce qu’il était avant de la rencontrer, l’âge en plus simplement.
« Amy … ? » Sa gorge était tellement serrée que c’était plutôt un murmure qu’une parole audible. Mais écoutant leurs deux respirations avec attention sa sœur n’eut aucun mal à l’entendre. « Oui ? » La voix d’Amy se voulait rassurante, et douce, comme d’habitude lorsqu’elle s’adressait à ses frères, et en particulier David. « Tu … ça t’embêterai de rester encore cinq minutes au téléphone … ? » Le ton de David était presque suppliant, comme si le fait de parler à sa sœur était sa seule bouée de sauvetage. Et pourtant il avait peur d’abuser de la gentillesse de sa sœur … Elle avait déjà tellement fait pour lui ces dernières semaines. « Cinq minutes promis, et après je … j’te laisserai tranquille … » Cinq minutes de plus avant d’affronter à nouveau la solitude et la froideur de son loft. « Bien sûr … Toute la soirée si il faut. »
La solitude David avait apprit à vivre avec, avec le temps, mais il ne l’avait toujours pas apprivoisé. Souvent encore, lorsqu’il rentrait au loft et qu’il n’y avait personne pas même Myra, il se sentait mal à l’aise, comme si il n’était pas à sa place. Sa place était avec Julia et maintenant qu’elle n’était plus là il avait l’impression de errer entre deux feux, de ne pas savoir où aller. Pourtant il n’était pas seul au sens premier du terme, il avait Phoebe qui n’était pas simplement une collègue de travail mais une amie à part entière, et il avait Lucy qui bien qu’il ne la connaisse pas vraiment lui semblait être une personne agréable … Et puis il y avait Myra, bien sûr ; Sans sa fille sans doute que David ne ferait pas autant d’efforts pour donner le change. Il n’en demeurait pas moins que où qu’il aille à Longside il ne pouvait pas s’empêcher de penser à Julia, tout le temps … Cette ville c’était la sienne, les gens que David y connaissaient étaient les amis de Julia, les lieux qu’il connaissait il les avait fréquenté avec elle. Et il avait du coup du mal à trouver sa place maintenant qu’il était seul, une preuve de plus que sans sa femme David ne se sentait pas grand-chose …
There’s someone I’ve been missing, I think that they could be the better half of me. They’re in the wrong place trying to make it right, but I’m tired of justifying so I say to you ... Come home, come home, 'cause I’ve been waiting for you for so long, for so long. And right now there's a war between the vanities, but all I see is you and me, the fight for you is all I’ve ever known ... So come home.
Sujet: Re: DAVID A. SULLIVAN ● « None of us were angels » Mar 25 Jan - 11:58
Mon portrait chinois
Remplissez les intitulés suivants afin de nous faire découvrir tout ce qui se cache sous le sourire angélique - ou pas - de votre personnage ...
si j'étais un prénom ● Brian si j'étais un animal ● Un Chien si j'étais une saison ● L'Automne si j'étais un objet ● Un tourne-disques si j'étais une chanson ● Boston, de Augustana si j'étais une odeur ● Celle d'une allumette qu'on vient de craquer si j'étais un livre ● Parce que je t'aime, de Guillaume Musso si j'étais un pays ● Australie(c'est l'jeu ma pov' Lucette *sbaff*) si j'étais un film ● A walk to Remember si j'étais un personnage fictif ● Tony Gates, de la série Urgences si j'étais un sentiment ● L'hésitation si j'étais un des quatre éléments ● Le feu si j'étais une citation ● « D'autres choses peuvent nous changer, mais nous commençons et finissons avec la famille » Anthony Bront
mon prénom / mon pseudo ● Yumita (a) - Elo' mon âge ● 20 ans (bordel que ça fait bizarre ...) fille ou garçon ? ● Demoiselle si j'ai lu le règlement je sais que ... ● Bah en même temps je l'ai écrit alors ... où / par qui j'ai connu WAN ? ● Par l'opération du Saint-Esprit bien sur ce que je pense du design ● Le header est juste à tomber Et pour le codage ... Joker (a) commentaires éventuels ● Je n'aurai qu'une chose à dire ... ENFIIIIIN !!! Je pensais que cette présentation finirai par m'achever Mais finalement c'est moi qui ait gagné, mouahahaha /SBAFF/
There’s someone I’ve been missing, I think that they could be the better half of me. They’re in the wrong place trying to make it right, but I’m tired of justifying so I say to you ... Come home, come home, 'cause I’ve been waiting for you for so long, for so long. And right now there's a war between the vanities, but all I see is you and me, the fight for you is all I’ve ever known ... So come home.
Sujet: Re: DAVID A. SULLIVAN ● « None of us were angels » Mer 26 Jan - 0:39
Bouahahahah Merci merci
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Sujet: Re: DAVID A. SULLIVAN ● « None of us were angels » Mer 26 Jan - 12:51
Merciiiii (il est vraiment temps que je commence mon histoire, c'est moche d'être fondat' et de pas donner l'exemple *sbaff*)
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Sujet: Re: DAVID A. SULLIVAN ● « None of us were angels » Mer 26 Jan - 13:21
Moi z'aussii et encore plus parce que t'as pris Diane huhu
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Sujet: Re: DAVID A. SULLIVAN ● « None of us were angels » Ven 22 Avr - 19:08
Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaan Oui, vous ne rêvez pas, ma présentation est ENFIN terminée ... Maintenant vous savez que tout arriven même le plus improbable mouahahah
Er moi je suis soulagée, owiiiii
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Passeport ★ SITUATION: Libre comme l'air ★ PROFESSION: Résidente en médecine urgentiste ★ RELATIONS:
Sujet: Re: DAVID A. SULLIVAN ● « None of us were angels » Ven 22 Avr - 23:16
J'ai tout luuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu \o/ & tu t'en doutes, je déteste !! *sbaaaf* Non comme tout ce que tu écrit, j'adore tout simplement ! Tu as une façon d'écrire tellement entraînante, passionnante ! Il faut vraiment que tu écrives des livres, je serais ta première fan =)
Tu te valides toute seule ou j'ai le droit d'avoir l'honneur de te valider ?
Sujet: Re: DAVID A. SULLIVAN ● « None of us were angels » Ven 22 Avr - 23:19
Mouahahah, allez fais-toi plaisir, valide-moi
T'inquiètes je t'enverrai un exemplaire dédicacé de la biographie de David dans quelques années Merciii en tout cas
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